Histoire et architecture de la commanderie templière de Marcenais

Histoire

L’église Notre-Dame de Marcenais, inscrite à l’Inventaire des Monuments Historiques, a probablement été érigée vers la fin du 12ème siècle (1170). Elle faisait alors partie d’une Commanderie principale qui semble avoir eu un certain rayonnement. Dans le sud-ouest de la France, la majorité des Commanderies étaient des établissements agricoles qui fournissaient à leur ordre de solides revenus, et assuraient aux pèlerins sur le chemin de St Jacques accueil et réconfort.

Les plus anciens documents retrouvés dans les archives de l’ordre de Malte (ref1) concernant Marcenais permettent de remonter à l’an 1232 où Guillaume Erra, chevalier de Bourg fit don du Moulin de Peyrat (aujourd’hui Moulin de CharlotLe moulin de Charlot attesté au XIIIè siècle se situe sur la Saye ) avec d’autres biens à la Maison du Temple de Marcenais. L’autre archive remonte à 1250, date à laquelle Helies de la Villegorie (ou Villegouge, ou encore Villegoriges) fait don à son tour d’un autre moulin, le moulin Vieïlh (ou moulin de Wielh)(ref1) situé en amont sur la Saye à Vinet et dont ne subsistent aujourd’hui que quelques ruines.

En 1312, après la chute des Templiers, la Commanderie de Marcenais fut dévolue aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. C’est probablement au XVIe siècle, dans le cadre de la Réforme initiée par le grand maître d’Aubusson, que la Commanderie de Marcenais fut rattachée avec une quinzaine d’autres établissements de plus ou moins grande importance, à la Maison du Temple de Bordeaux placé sous l’autorité de « l’honorable et discrète personne Messire frère Pierre de Ribo, chevalier ». La guerre de Cent ans y avait fait des ravages et les bâtiments érigés par les Hospitaliers ont semble-t-il été ruinés à l’exception de la chapelle qui garde a conservé presque intactes les traces de sa construction templière. Aucune information n’est actuellement disponible sur cette période troublée à l’exception des « Quartières de l’Archevêché de Bordeaux » qui indiquent qu’en 1459 l’église n’était pas « encore relevée de ses ruines »…

Les commanderies templières du Sud-Ouest de la France étaient principalement des établissements agricoles et se présentaient sous forme d’un quadrilatère incluant : la résidence du commandeur, le logis pour les frères avec les réfectoires, les granges, les écuries, les celliers,les ateliers, un étang pour l’élevage du poisson, l’incontournable jardin médiéval …, clôturé au sud par la chapelle, dédiée à Notre Dame.

A Marcenais aujourd’hui, seule la chapelle, devenue église paroissiale au début du XIXe siècle est encore visible. La disposition des bâtiments qui formaient la commanderie ne nous est connue qu’à travers quelques documents et indices. On retrouve notament dans des archives de 1626 la citation suivante : « on voyait encore le lieu où étaient les prisons dans le château », et dans celles de 1641 « auprès de l’église se trouvaient de vieilles murailles fortes et de bonnes pierres de taille et un petit jardin entre les murailles et l’église. Le jardin était tout entouré de fossés avec une petite fontaine à l’intérieur ».

Le 6 mai 1868, Léo Drouyn, accompagné de son ami Gabriel Trapaud de Colombes, visite la petite église de Marcenais. Les deux amis sont frappés par le fait que l’église n’offre aucune ouverture sur les côtés parce que «les habitations des religieux se trouvaient appuyées contre les flancs nord et sud… ». Mais c’est la mise en défense de l’église qui lui donne son allure particulière. Léo Drouyn écrit que « sur le sommet de l’angle nord-est et sur celui du contrefort du sud sont bâties des échauguettes qui paraissent plus modernes que l’église ». Il poursuit ainsi « sur la façade s’élève un clocher en arcade percé de deux baies… ». De ce clocher, qu’il considère également comme « relativement moderne », une seule cloche figure sur le croquis de Trapaud : c’est la petite cloche, refondue en 1877 quelques années après le passage de Léo, elle est prénommée Marie-Louise… La grosse cloche qui devait être en refonte à l’époque du dessin a rejoint depuis lors son logement !


Architecture

A la construction de la commanderie, il y avait un ensemble de bâtiments de forme rectangulaire comportant une cour autour de laquelle s’articulaient le logement du Commandeur (à l’emplacement actuel de La Poste), le dortoir et le réfectoire des frères, les granges, les écuries, les celliers, les ateliers…

La fondation templière de l’église est caractérisée par un plan oblong (21 mètres de long sur 6,30 mètres de large) élevé sur de larges murs de 1,40 mètre d’épaisseur.

 

 

 

Pour plus de détails concernant les différents éléments qui compose le monument nous vous invitons à cliquer sur les repères placés sur le plan :

Le ballet et le porche

Le ballet abrite à gauche les fonts baptismaux installés au 17ème siècle et restaurés au 19ème.

Le portail roman comporte cinq voussures retombant sur des colonnes aux chapiteaux ornés d’entrelacs et de feuilles rabattues et perlées. La découverte en 2005 par l’association de sauvegarde de l’église, de traces de peintures sur les murs de ce porche, a permis le dégagement début 2009 d’un important décor peint médiéval s’étendant au-dessus du portail, sur toute sa hauteur et de part et d’autre jusqu’aux contreforts latéraux. Ce décor n’a pas encore livré tous ses secrets mais son l’intérêt archéologique est incontestable.

La nef et le choeur

L’église est formée d’une seule nef voutée en berceau ogival (elle s’élève à 14 mètres) et se termine à l’est par un chevet plat éclairé de trois baies (appelées triplet).

En pénétrant dans le sanctuaire, on remarque sur la droite l’emplacement d’un enfeu qui recouvrait probablement un ossuaire. En avançant vers le milieu de la nef, on peut admirer la pureté de la voûte en berceau brisé qui s’élève à 14 mètres de haut. On pourra aussi apprécier l’épaisseur des murs au niveau de la porte latérale ouvrant sur le cimetière. On remarque également les arcs formerets du chœur et de la tribune édifiée en 1872, et la longue fenêtre de la façade.
L’accès à la chaire octogonale 19ème est creusé dans l’épaisseur du mur qui mesure à cet endroit 1,40 mètre de large. Elle a été réalisée en même temps que l’autel en marbre surmonté d’un dais à pinacle abritant la statue en pierre de la Vierge Templière.

L’extérieur

La façade nord

Dans le mur gouttereau nord, on aperçoit une porte murée qui permettait d’accéder directement à la chapelle depuis les bâtiments conventuels. Remarquer la corniche de modillons simples et, en avançant vers l’ouest, les modillons sculptés de motifs végétaux, de chevrons et de têtes d’animaux « fabuleux ».

La sacristie XIXème présente sur la façade nord n’a que peu d’intérêt sur le plan architectural, on notera toutefois le travail de restauration effectué sur les vitraux par Carlo Rocella.

La façade sud

Le mur gouttereau « sud »  monte jusqu’à la corniche de modillonsLa corniche de modillons du mur sud très simples sur laquelle s’appuyait un toit très pentu. En son milieu un large contrefort platUn large contrefort plat est présent sur le mur sud . Noter l’absence totale d’ouverture dans ce mur, hormis la petite porte latérale, créée ou remaniée en 1744, témoignant de l’aspect défensif qui ne laissait aucune possibilité d’intrusion. Sur les robustes « corbeaux » ne devaient prendre appui que des bâtiments de servitudes plus légers pour l’abri des pèlerins. En sortant du cimetière on aperçoit un « mur gabaye » probablement construit au 16ème siècle avec des vestiges de l’ancienne Commanderie.

 

La façade est

Le chevet plat orienté vers l’est, surmonté d’une croix templière en pierre, percé d’un triplet, constitue, avec la longue fenêtre ogivale de la façade, le seul éclairage de la nef. Sous le triplet, les vestiges de la sacristie 17ème récemment remis en valeur. L’échauguette au nord-est, plus modeste que la précédente, est de facture soignée.

Les échauguettes d’angle ouest et est confèrent à l’église de Marcenais son originalité : les mâchicoulis dont leur sol est percé permettaient à la fois de surveiller le bas des murailles et de laisser tomber des projectiles (ou mâche-col destiné à casser le cou de l’assaillant)… Mais point de trace du chemin de ronde qui les reliait et pouvait, dit-on, rassembler une centaine d’hommes.

 

La façade ouest

Le clocher-mur s’élève au-dessus du porche roman aujourd’hui protégé par le ballet.

Il abrite deux cloches refondues au 19ème :

  • La plus grosse est dédiée à la Vierge Marie, patronne de Marcenais, elle a été fondue à Bordeaux en 1837,  elle pèse 250 kg, et donne le si naturel.
  • La petite porte le nom de Marie-Louise, elle a été fondue en 1877 à Saint-Emilion, elle pèse 178 kg et donne le ré

On y découvre également trois modillons de facture soignée : deux visages encadrant une tête de bélier. De facture romane, il est cependant difficile de les dater, de même que les deux modillons du mur gouttereau nord qui ne semblent pas dans la tradition templière.

 

Sources

(1) : Antoine du Bourg, Ordre de Malte : Histoire du grand prieuré de Toulouse et des diverses possessions de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem dans le sud-ouest de la France…, Toulouse, L. Sistac et J. Boubée, , disponible [archive] sur Gallica